Stéphane fait le pari de la transparence avec Open Food facts

Open Food Facts répertorie les produits alimentaires du monde entier. Cette base de données consultable par tous met à contribution des consommateurs qui donnent des informations sur les denrées alimentaires, de façon libre et gratuite. A la cinquième édition de l’Open World Forum, du 11 au 13 octobre, rencontre avec Stéphane Gigandet, 36 ans, fondateur d’Open Food Facts.

Du monde dans les rayons

Sur une table, biscuits au chocolat, boissons, boîtes de conserves. A côté, des fiches. Véritables pièces d’identité des produits prêts à être consommés. Et puis un paquet de  fraises tagada et une feuille à l’entête grasse qui interpelle : « Cochenille ». La cochenille est ce petit insecte utilisé pour créer le colorant rouge. Bienvenue au stand d’Open Food Facts, outil collaboratif crée en mai 2012 par Stéphane Gigandet. Open Food Facts est une plateforme de produits de grande consommation mise en open source. Dans la lignée du “food revolution day” de Jamie Oliver, Open Food Facts envisage d’éclairer le public sur la composition de leurs consommations alimentaires.

Aujourd’hui, environ 200 personnes contribuent à alimenter la base de données, notamment via l’application Open Food Facts qui existe depuis une semaine. « Cela permet aux utilisateurs de prendre des photos des produits avec leur smartphone, de les envoyer et de remplir la fiche produit» explique Stéphane Gigandet, féru d’informatique… et de cuisine. Il a crée il y a dix ans la première plateforme de blogs (joueb.com) et depuis, internet est une passion. Il a eu l’idée de fonder Open Food Facts suite aux critiques relatives à la création il y a deux ans de son portail de blogs spécialisés en recettes culinaires, recettes.de. « On me reprochait de cautionner les produits qui font grossir, ou qui sont mauvais pour la santé. Or, ce n’est pas la tarte aux pommes version grand-mère qui est mauvaise mais plutôt certains produits de grande distribution ! » Stéphane décide alors de se lancer dans un projet collaboratif sur la grande distribution : c’est le début d’Open Food Facts et de ses ambitions : « Nous souhaitons apporter de la transparence à l’industrie agro-alimentaire, milieux franchement obscure dans ses pratiques » explique Stéphane. « L’intérêt à court terme est de permettre aux consommateurs de faire des meilleurs choix de nourriture » ajoute-t-il.

Qui sont les contributeurs d’Open Food Facts ?

« Les contributeurs d’Open Food Facts sont des gens qui s’intéressent à ce qu’ils mangent et/ou à l’open data. » indique Stéphane. Le fondateur part du même constat que le jour où il a eu l’idée de créer le portail des blogs de cuisine : «On mange quatre, cinq, six fois par jour » plaisante-t-il, avant d’ajouter : «c’est un sujet proche des gens ». Stéphane parvient donc à se faire sa place, à l’heure où chacun entend de plus en plus parler de la composition suspecte des produits que nous consommons, entre huile de palme, OGM, et autres additifs cancérigènes.

Open Food Facts ne s’arrête pas là : « à moyen et long terme nous espérons forcer les industriels à faire des produits de meilleure qualité », même si, reconnait-il en désignant une tablette de chocolat au lait qui nous fait subitement de l’œil : «certains produits sont à la fois très bons en goût et pour la santé car ils contiennent peu d’additifs». Les additifs : voilà la bête noire dans l’histoire. Des produits sont nocifs, comme le caramel au sulfite d’ammonium (E150D) qui serait cancérigène. Utilisé pour faire le coca-cola, l’additif a été mis sur la liste d’Etat de Californie, ce qui interdit sa commercialisation. Banni du processus de fabrication de la boisson aux Etats-Unis, la France continue de voir l’additif inscrit sur l’étiquette rouge. « En France, le E150D n’est pas encore reconnu cancérigène, donc le coca-cola que nous achetons en contient encore » explique Stéphane.

Encadrer l’open source  

L’open source permet d’ajouter, de compléter ou d’améliorer des fiches produit. Alors quand on lui demande naturellement s’il ne craint pas que les contributeurs inscrivent de fausses informations sur les produits, Stéphane explique, sûr de lui : «pour l’instant, je n’ai constaté aucun problème. Je regarde très régulièrement ce qui est posté sur le site et les mauvaises informations sont souvent des aberrations faciles à repérer puisque la composition du produit est indiquée sur l’emballage. En général, ce sont de simples erreurs de saisie. »

S’il compare le mode de contribution sur lequel est basé Open Food Facts à Wikipédia, il précise que les contributeurs n’ont pas d’intérêt à polluer ce système collaboratif : « il n’y a pas  cette méfiance qu’on peut avoir avec Wikipédia. Sur Open Food Facts, les informations sont si simplement vérifiables qu’on ne peut pas faire croire qu’un produit est bon pour la santé alors qu’il ne l’est pas, ou l’inverse, contrairement à Wikipédia, où on peut tenter de faire passer des idées. » Stéphane oublie que des taupes des entreprises pourraient la caviarder subtilement, comme c’est précisémment le cas sur Wikipédia.

Mais Open Food Facts est plus qu’une simple base de données. C’est aussi une manière de s’éclairer sur des informations difficilement déchiffrables comme le code EMB inscrit sur certains produits. Outil de répression des fraudes, ce code indique où se trouve l’usine qui a fabriqué le produit. Constat : un produit vendu deux fois plus cher que la sous-marque peut être fabriqué dans la même usine, avec les mêmes ingrédients.

Aller plus loin

La base de données permet de présenter celles-ci sous forme de graphique parlant pour le public. Open Food Facts a lancé en juin une « Opération Sodas » sur une semaine qui a mobilisé 150 nouveaux contributeurs. Fédérateur, le projet a permis d’établir une cartographie des sodas en fonction du nombre de sucres et d’additifs contenus dans 150 sodas. Sur cette carte apparaissent des points, chacun correspondant à un produit. Du bleu clair pour les boissons avec édulcorants, bleu foncé pour les autres produits et du vert pour les bio… en un coup d’œil, on repère les boissons à éviter. Un seul petit point vert se balade, une limonade bio au sucre de canne, qui contient seulement un additif et 9,5 grammes de sucre pour 100 millilitres contre 6 additifs et 13,3 grammes de sucre pour des boissons énergisantes. D’autres sodas peuvent se targuer d’être light, ils sont champions dans le nombre d’additifs, caressant la barre des dix. Stéphane prévoit d’effectuer prochainement le même travail « avec l’aspartame par exemple ». Il souhaite également faciliter la contribution à Open Food Facts en étendant l’application aux Iphones, celle-ci n’étant pour l’instant disponible que sur Android. La société est résolument connectée, jusqu’à la nourriture. Qui l’eut cru ?

Pour en savoir plus, rendez-vous sur :

en.openfoodfacts.org

owni.fr et Terraeco.net, partenaires d‘Open Food Facts pour l’Opération Sodas

www.openworldforum.org

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