Télé Gaucho : le film qui aurait dû être un documentaire

TV GAUCHO

Télé Gaucho est une de ces comédies agréables, exploitant le thème de la ruée difficile et passionnante vers l’âge adulte. Largement inspirée de l’histoire de Télé Bocal, télé indépendante et associative d’Ile-de-France des années 90, Télé Gaucho est l’histoire de cette bande de bénévoles qui veulent exploiter « tous les sujets », « sauf si c’est de droite » bien sûr… une comédie signée Michel Leclerc,  drôle et sympathique, alors qu’un bon documentaire retraçant l’aventure de Télé Bocal eut été non seulement drôle, mais informatif, passionnant, et un hommage à ceux qui ont l’audace de croire en leurs idées.  

Quand la romance gâche le fond de l’histoire

Victor (Félix Moati) est un « jeune puceau dans tous les sens du terme » comme l’affirme l’acteur dans une interview à Allocine.fr. Puceau en amour, en vie professionnelle, en politique. Alors qu’il s’amuse encore à faire l’acteur internationalement reconnu dans sa chambre devant sa glace, il se retrouve un beau jour à faire un stage deux jours par semaine chez Patricia Gabriel (Emmanuelle Béart) qui anime un talk-show sur la chaîne nationale. Le reste du temps, Victor est bénévole à Télé Gaucho. Par un hasard auquel on reste franchement incrédule, il atterrit derrière la caméra de Télé Gaucho. La technique est mauvaise, les images médiocres, mais on voit les policiers tabasser les militants pour les sans-papiers, alors c’est le début de l’aventure.

Auprès de Yasmina (Maiwenn), Jean-Lou (Eric Elmosnino) et surtout Clara (Sara Forestier) qui jouait dans le précédent film de Michel Leclerc, Le nom des gens, Victor va vivre sa plus belle histoire avant de devenir un cinéaste à l’allure bobo. On regrette que le film tourne trop autour de l’histoire d’amour sans queue ni tête de Victor et Clara. La jeune femme est incapable de faire la différence entre réalité et fiction et passe son temps à se chercher,  dans un flot de passions autodestructrices successives. Si elle est sûrement l’allégorie d’une génération en perte d’identité, Clara se fait trop remarquer, et brouille souvent l’intérêt du film, en faisant de l’ombre à Jean-Lou et Yasmina qui portent le projet Télé Gaucho à bout de bras même si leurs avis divergent parfois. Leurs coups de gueule à tout-va renforcent la sensation de foutoir exagéré qui domine tout le  film et finit par lasser.

A plat le sujet fort

On aura compris que Michel Leclerc veut montrer comment ces hommes et ces femmes souhaitent déranger ce petit monde bien rangé. Il se résume en effet  pour eux aux politiques véreux et grands groupes friqués détenant les principaux médias. Entre manifestations du Front national, prières de groupes intégristes catholiques contre l’avortement, programmes plus légers et même pornographie, Télé Gaucho veut choquer, bousculer, et tant pis si la portée politique n’est pas toujours la première intention, le tout est que ça le devienne. Voilà ce qu’on voulait voir, et ce que Michel Leclerc ne fait qu’aborder. A vouloir nous vendre une histoire d’amour, des coups de gueule et du foutoir, le sujet principal lui file entre les mains. Si l’histoire de Télé Bocal et de ses bénévoles n’est pas un sujet grave, elle méritait quand même autre chose qu’une plate comédie romantique.

Télé Bocal

Le timing est parfait : coïncidence ou coup calculé, Télé bocal a publié sur son site lundi 3 décembre un communiqué appelant à la résistance contre les six nouvelles chaînes de la TNT et leurs programmes « de merde ».  Et Télé Gaucho est sorti mercredi 12 décembre, le jour du lancement de ces six nouvelles chaînes. Beaucoup proposent des programmes médiocres, à la sauce «Vous avez tout à fait raison», programme de TH1 présenté par Patricia Gabriel dans le film. Soit un joli clin d’œil à TF1 et tous ses présentateurs vendeurs de contenus abrutissants.

Cette comédie sera bien sûr une source de revenus bien plus importante pour le réalisateur que s’il avait choisi de faire un documentaire. Michel Leclerc, caché derrière la mention « inspiré de l’histoire de Télé Bocal » peut sembler rendre hommage à un projet fédérateur et subversif tout en romançant à outrance pour attirer le public. Une lâcheté bien menée.

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